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Comment concilier agilité et conformité de validation des SI dans des environnements GXP ?

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La mutation des métiers des industries de la santé nécessite une transformation en profondeur des organisations, de la culture, de la gouvernance et des modes de fonctionnement. Cette évolution implique de repenser des contradictions historiques entre agilité et validation aussi bien qu’entre maîtrise et rapidité du time-to-market !

Dans cette interview, le Directeur Général de Pharmasys, Jérôme, nous partage ses retours d’expérience sur la maîtrise des changements dans des contextes agiles et l’intégration d’une démarche CPV (Continuous Process Validation).

Le secteur pharmaceutique n’est pas connu pour être le plus agile. Qu’est-ce qui est à la source de ce besoin d’agilité ?

Historiquement, l’industrie pharmaceutique est très réglementée, avec des processus rigides et copieusement documentés. Par culture, cette industrie n’est donc pas agile !

Ce constat est maintenant partagé, tout comme le fait que cela doit évoluer. Les besoins d’efficience, de rapidité et d’innovation sont évidents. Les médicaments sont de plus en plus variés, les gammes de produits explosent et il est impératif de raccourcir les cycles de mise sur leur marché.

Evidemment, impossible d’atteindre ces objectifs sans remettre en question cette rigidité. L’agilité est une des réponses !

En parallèle, cette industrie a longtemps été manuelle. Sa digitalisation entraîne un changement d’environnement, vers plus de flexibilité et de dynamisme. Les solutions informatiques se diversifient et elles évoluent rapidement : les fournisseurs eux-mêmes fonctionnent souvent en mode agile. Les applications SaaS (Software As A Service) en sont un bon exemple !

La première problématique est donc cette contradiction entre suivi des changements très processé et des modifications dynamiques, voire poussées, comme avec le mode SaaS.

La méthode agile est un concept universel, mais il faut l’adapter au contexte pharmaceutique. Le premier besoin est de concilier les exigences réglementaires avec l’environnement agile. Cela implique que l’industrie pharmaceutique s’approprie ces concepts d’agilité !

Les méthodes agiles sont-elles compatibles avec les principes du GAMP 5 et les réglementations en vigueur dans le secteur pharmaceutique ?

Historiquement, le GAMP (Good Automated Manufacturing Practices) se référait à des projets en cycle en V, mais cela a changé avec le GAMP 5. Structurellement, il est compatible avec une démarche agile. S’il ne traite pas en détail la manière de l’implémenter, une deuxième édition du GAMP 5 est prévue afin de mieux adresser ces sujets et des compléments méthodologiques existent.

Le sujet est donc sur la table, tout comme la mobilité ou d’autres évolutions rendues nécessaires par la transformation de la consommation de l’information ! Il n’y a pas d’incompatibilité entre les principes du GAMP et la méthode agile : cela repose sur sa bonne interprétation.

Il y a deux situations à éviter et qu’on rencontre malheureusement souvent. La première c’est un mode agile sans aucune maitrise des changements, car les responsables interprètent mal les principes du Manifeste Agile et opposent agilité et maîtrise. La deuxième situation, c’est un mode agile où la QA n’a pas évolué et continue à appliquer des processus de validation classique. Cela entraîne une lourdeur ingérable et fait perdre tout le bénéfice de l’agilité.

Comment concilier la maîtrise des changements et de la validation des SI face à une méthode agile qui privilégie « un logiciel qui fonctionne plutôt qu’une documentation complète » ?

Agile ou non, ce qui est essentiel dans la validation, c’est de conserver la maîtrise de la traçabilité des exigences. Cette traçabilité peut être mise en place en documentant des spécifications classiques tout comme via des user stories ou des EPICS pour l’agilité.

La clé en méthode agile, va être donc les outils de traçabilité de ces exigences : Requirements Management et surtout ALM (Application Lifecycle Management). Ils vont permettre d’automatiser la mise en œuvre du suivi des exigences dans des environnements qui changent constamment.

Ces outils vont définir et construire des artefacts qui seront validés la première fois où le système sera mis en production pour un usage dans un environnement GxP. Cette première étape de validation est similaire à celle réalisée dans des méthodes projets traditionnelles : elle permet de montrer que le cycle de vie est maîtrisé. La principale différence repose sur la transition d’une documentation papier (spécifications, cahier de tests…) à une dématérialisation des exigences. Les validations itératives suivantes suivront un mode plus agile : l’outillage au travers de l’ALM permet de maîtriser les versions des différents artefacts, avec une traçabilité très précise de ce qui est modifié et impacté.

La maîtrise du management de la configuration automatisée grâce aux outils est ainsi la clé de la validation agile et de l’optimisation de l’effort requis. Les outils permettent de se concentrer sur le strict nécessaire et de l’automatiser : analyse d’impact, tests de non-régression, gestion des artefacts et des releases, traçabilité des résultats, des anomalies…

Pour moi, il est quasiment impossible de faire de la validation d’applications développées en mode agile si on n’est pas outillé. C’est ce qui permet d’avoir un effort de validation et une traçabilité adaptés à l’agilité.

Les solutions SaaS sont des cas à part : l’entreprise cliente n’a pas le choix de la version initiale, ni du timing et du contenu des modifications qui sont maîtrisées par l’éditeur. Cela implique de mettre l’effort sur la maîtrise du fournisseur, grâce notamment à un audit adapté : comment garantit-il la traçabilité des exigences ? Comment gère-t-il les risques sur la data integrity ?  Comment gère-t-il les tests ? Comment gère-t-il les anomalies ? Comment gère-t-il les releases ? Comment est structurée son organisation vis-à-vis des activités QA ?

Les éditeurs aussi ont besoin d’être accompagnés pour mettre en place des process qualité conforme au GAMP !  En tant que consultants experts, notre force est de parler le langage des trois acteurs principaux : assurance qualité, les utilisateurs métier et fournisseur interne ou externe.

Quelles sont les implications de l’intégration d’une démarche CPV (Continuous Process Validation) dans le système qualité pharmaceutique et plus globalement au sein d’environnements GxP ?

Une démarche CPV implique une maturité digitale forte de l’entreprise, car elle requiert énormément d’informations pour maîtriser des processus de fabrication de produits complexes. Qui dit produits complexes, dit que la maîtrise ne peut pas reposer sur le simple contrôle échantillonnaire de quelques paramètres qualité en sortie de fabrication : elle demande une connaissance parfaite du produit, des paramètres process, de l’environnement et des différentes applications qui pilotent chaque phase de fabrication. La digitalisation de l’ensemble des sources d’information, l’interconnexion des sources de données et l’utilisation d’outils statistiques performants vont permettre de garantir la fiabilité de la qualité des produits fabriqués ainsi qu’une réactivité pour l’adaptabilité des process de fabrication en cas de correction ou de modification.    C’est l’environnement pharma 4.0 !

Les solutions doivent pouvoir évoluer rapidement et répondre à des enjeux d’agilité avec une validation dynamique. Les solutions sont souvent en apprentissage continu et la connaissance des produits va évoluer au cours de la fabrication. Cette connaissance va bénéficier des outils statistiques et d’une collaboration forte entre les équipes produits, les équipes qui paramètrent les solutions et les équipes qualité.

Je conseille d’avancer avec des solutions à valider via des proof of concept, sur des périmètres réduits et ensuite de faire grossir l’application CPV de manière itérative. Cette approche progressive évite de devoir déployer une solution vaste, très difficile à concevoir, à valider et à maîtriser.

En termes de collecte et d’analyse des données, qu’est-ce que cela soulève comme enjeux et solutions à mettre en place ?

Les produits sont tellement complexes qu’ils doivent être contrôlés en permanence. Cela représente une masse énorme de données, provenant de multiples sources et collectées en continu. Toutes ces données sources (appro matières, fabrication, fournisseurs, contrôle qualité…) vont être analysées statistiquement pour ajuster en temps réel les paramètres de fabrication et d’entrée et vérifier que le produit répond bien aux spécifications. L’objectif est de diminuer les rebuts hors specs, qui peuvent représenter des coûts importants !

L’enjeu, avec cette multiplication des sources et d’applications différentes, repose sur les interfaces et donc le risque de perte d’intégrité des données. Les données sont typiquement organisées par strates : les systèmes sources métiers remontent les données sur des systèmes intermédiaires historians qui vont assurer la traçabilité et les rapports de fabrication par exemple. Au-dessus, les informations sont consolidées dans un datawarehouse qui va appliquer les traitements et les analyses. Il va ensuite redescendre les actions à mener pour ajuster un processus ou ajuster les recettes de fabrication. Tout cela est réalisé en quasi-temps réel : c’est le cœur de la vision de la Continuous Process Validation !

Les industriels pharmaceutiques doivent prouver à travers des validations, qu’ils sont capables de fabriquer de manière répétitive un produit qui répond aux exigences de départ. Historiquement, on considère que si un certain nombre de lots de produits sont successivement contrôlés et conformes, alors le processus est validé. La CPV change la donne : le produit est testé initialement et la validation est ensuite permanente. Plus besoin de passer des mois avant d’autoriser la commercialisation des produits fabriqués !

Points clés de cette interview sur l’agilité et la conformité de validation des SI dans des environnements GxP

Prévoyez une validation agile ET efficace

C’est-à-dire outillée, avec une bonne formalisation des exigences et une analyse de risques en termes de data integrity.

Embarquez l’Assurance Qualité le plus tôt possible dans la démarche

Afin de ne pas remettre le projet en cause par la suite.

Ne soyez pas rigide dans l’application du Manifeste Agile ou du GAMP

C’est souvent la mauvaise interprétation qui engendre des points de blocage.

Focalisez-vous sur les livrables essentiels

Et pensez enregistrements plutôt que documentation.

Ne percevez pas l’agilité comme une démarche hors de contrôle

L’agilité bien exécutée ne s’oppose pas au suivi des exigences et à la réalisation des livrables nécessaires.

Ne retro-documentez pas le cycle agile pour vous rassurer avec les standards historiques !

C’est contreproductif et vous dupliquez les informations.

Débutez par des POC pour les applications de CPV afin de valider les interfaces et identifier les problèmes de conception.

Cette mise en production sur un périmètre réduit sera enrichie par la suite !